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jeudi, 24 avril 2008
A quand la maison à 63 centimes d’euro ?
Et voilà, c’est reparti. La communication du ministère du Logement bat son plein avec la maison à 15 euros, cependant que le logement est devenu pour beaucoup inaccessible. Après dix années de hausse ininterrompue des prix, l’accession à la propriété est synonyme de mission impossible, sauf à envisager des emprunts s’étalant sur plus d’un quart de siècle… Tout est bien, du reste, les banquiers y trouveront leur compte.
Dans ce contexte, comment un ministre peut-il communiquer ? Seule solution adoptée, une communication hyperbolique et prenant pour argument le rêve de tout un chacun. Tel est visiblement le seul moyen d’attirer l’attention de l’opinion publique. Dernier exemple en date, la maison à 15 euros, lancée par Mme Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville. Dans le même registre, rappelez-vous la maison à 100.000 euros proposée par un autre ministre, Jean-Louis Borloo. Deux mesures qui s’adressent en priorité aux personnes les plus modestes.
Les ingrédients de ce type de communication sont toujours les mêmes. Il s’agit de faire une annonce à un prix défiant toute concurrence, en vertu du principe selon lequel plus le trait est gros, plus il a de chance de convaincre - fût-il gros comme une maison… A cette fin, tous les moyens sont bons, quitte à modifier l’unité de mesure, comme l’on change le thermomètre quand la température ne convient pas. Quant à Christine Boutin, elle a tout bonnement choisi un remboursement d’emprunt à la journée plutôt qu’au mois, comme le veut l’usage. La maison à 15 euros par jour, et neuve, qui plus est. A quand la maison à 63 centimes d’euro l’heure ? L’expression marquerait sans nul doute les esprits. Et plus puissamment encore si l’on allait jusqu’à comparer ce chiffre aux 8,44 euros brut gagnés par un smicard dans le même temps.
Si la volonté gouvernementale d’accroître la part de propriétaires en France semble légitime à première vue, pourquoi faudrait-il l’ériger en ambition nationale ? Car il s’agit bien d’une illusion, comme le prouve l’échec de la maison à 100.000 euros. Vouloir « à tout prix » (probablement par manque d’imagination ?) vendre des logements aux personnes les plus fragiles financièrement parlant force le questionnement. On pourrait penser qu’il s’agit d’assurer ainsi les revenus de l’industrie du bâtiment et des banquiers, dont on oublie parfois que certains sont des établissements très lucratifs (voir le profit record affiché par BNP Paribas l’année dernière) ; et, par ricochet, de contribuer à l’évolution du sacro-saint PIB (produit intérieur brut). Or, quel profit attendre de la population la moins riche de France ? Il sera forcément faible, compte tenu des éventuelles démarches judiciaires relatives à l’expulsion et à la vente du bien, de modeste valeur d’ailleurs.
Difficile de croire que nous allons tous détenir notre logement, que tous les smicards et bas revenus accèderont à la propriété. Les journalistes ne sont pas dupes. La question est ailleurs, semble-t-il : comment devenir un propriétaire ou un locataire heureux ? A part un gros coup de pouce financier de l’Etat (à ne pas confondre avec celui de la Société Générale, dont on connaît aujourd’hui les résultats), quelle solution préconiser ? Reste la construction de la maison par étapes : commencer par le gros œuvre et attendre quelques années avant d’en aménager l’intérieur. Ou bien encore, la roulotte ou la tente…
Alors, que les heureux propriétaires se manifestent… s’ils existent.
Nathalie Avril - Directrice de l'Information
16:20 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Commentaires
Le camping car est une très bonne solution !
Ecrit par : NF | vendredi, 25 avril 2008
Héhé
Ecrit par : Zigoto | lundi, 09 juin 2008

